Repères
Type : monument funéraire
Construction : vers 200 EC
Lieu : Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire), France
Coordonnées : 47°21’14.9″N 0°28’42.1″E
Histoire antique
Construite vers la fin du IIe siècle de l’ère commune sur le territoire gaulois des Turons, cette tour fut érigée pour rendre hommage à un important personnage de la région : un riche propriétaire et militaire de haut rang, dont le nom nous est aujourd’hui inconnu. Comme il était de coutume dans le monde romain, les élites faisaient bâtir de tels monuments pour affirmer leur puissance et perpétuer leur mémoire auprès des vivants.
L’emplacement ne devait rien au hasard : la grande voie reliant Caesarodunum (Tours) à Juliomagus (Angers) passait directement devant la pile, garantissant à ce mausolée d’être vu par tous les voyageurs et marchands qui sillonnaient la vallée de la Loire. Haute de près de 100 pieds romains (29,50 m), construite en briques posées sur un solide noyau en pierres de calcaire local mesurant 20 pieds romain de côté (5,80 m), la pile affichait sur sa face sud douze panneaux ornés de motifs géométriques polychromes, une technique de construction très rare pour l’époque.
Autour du monument s’organisait un véritable ensemble funéraire : une terrasse monumentale, un bâtiment semi-excavé et une statue sculptée dans la pierre locale, représentant un prisonnier d’Orient, un trophée souvent réservé à l’Empereur de Rome ou aux très hauts militaires. Autant d’éléments témoignant du prestige et de la puissance de celui qui fut honoré en ce lieu, et de la volonté de ses proches de l’inscrire durablement dans le paysage des Turons.



Histoire actuelle
Longtemps objet de controverses, le rôle de cette pile gallo-romaine a posé question pendant de nombreuses années. Dès 1770, certains la considéraient comme un trophée militaire élevé en mémoire de la conquête de la Gaule par César ; d’autres pensaient qu’il s’agissait d’un temple servant de prétoire en plein air (lieu où se rendait la justice), d’une borne-frontière, ou encore du tombeau de cinq guerriers. Ce n’est qu’à partir des fouilles de 2005 que la communauté scientifique a pu trancher en faveur d’un monument funéraire.
La pile de Cinq-Mars est classée Monument Historique depuis 1840. Il existe aujourd’hui très peu de vestiges antiques visibles dans le département d’Indre-et-Loire, c’est pourquoi la pile de Cinq-Mars est si exceptionnelle. Il s’agit en effet de la plus haute pile funéraire de Gaule encore debout, mais aussi de toutes les piles funéraires connues du monde romain la plus intacte, et la seule entièrement parementée de briques.
Anecdotes
- L’écrivain Rabelais fait mention de la pile dans Gargantua, faisant d’elle la seule pile qui soit entrée dans la littérature.
- Le nom même de « Cinq-Mars » reste encore à interprétation : la commune s’appelait à l’origine Sanctus Medardus (saint Médard), qui devint Saint-Mars au XIIe siècle, avant que des érudits locaux la nomme Cinq-Mars au XVIe siècle, prétendument en lien avec une légende locale évoquant cinq guerriers ensevelis sous la pile. Des archéologues tourangeaux du XIXe siècle justifièrent de leur côté le nom par la présence d’une cinquième colonnette aujourd’hui disparue.